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L'abécédaire de Robert Expert

 

une interview-découverte de Jérôme Pesqué
(qui a choisi tous les mots)

 

A âne

J'en suis un, c'est sûr. Mais L'ombre de l'âne, petit opéra que Richard Strauss a écrit pour le collège de son petit-fils a été monté en juillet 2006 au Festival de Radio France et de Montpellier par René Koering, et je n'ai pas joué l'âne mais la Maman, ce qui n'est pas piqué des vers non plus.

 

B biologie

L'autre passion de ma vie (j'en ai d'autres, mais plus privées...) J'étais prof certifié de bio avant de chanter, et il a été très dur de lâcher les sciences naturelles. C'est comme si on vous disait : ta vie va être privée de philosophie, ou de poésie. La biologie et la géologie, c'est nous, notre monde, ça nous remet à notre place. Faire de la biologie, comme toutes les sciences d'ailleurs, c'est élargir le champ de « l'ignorable ». C'est une porte ouverte sur le rêve. Jean Rostand, grand biologiste spécialiste des grenouilles, et fils d'Edmond disait : "avant de rêver, il faut savoir". Il voulait dire : plus on sait, plus on se donne les moyens de rêver.

 

C Callas

Ma passion pour la musique pourrait tenir toute entière dans Callas, tant elle est grande (je laisse planer intentionnellement l'ambiguïté de la phrase). Callas m'est tombée sur la tête comme la biologie : elle m'a ouvert les oreilles (la biologie a ouvert un aspect plus cognitif de mon cerveau), elle m'a fait entrer dans un monde sensible où l'émotion, la beauté confinent à la douleur. Si le mot absolu a un sens, je dirais Callas le 28 mai 1955 dans le troisième acte de Traviata à la Scala. Et aussi dans la scène du 2 avec Germont. Et puis "ah no, son miei figli" de la Norma de la même année. Et puis la mort de Cio-cio-san au TCE en 63. Et puis, et puis…

 

D Diva (Mamma de la diva)

Mon premier rôle comique à l'opéra de Montpellier en 93 je crois. Souvenir terrifiant et formidable, avec les éclats de rire gigantesques de Françoise Pollet dans la salle. Merci René Koering !

 

E éloge (le plus touchant)

J'hésite entre Renata Scotto et Mady Mesplé, qui m'ont toutes les deux dit à peu près la même chose, sur un certain sens du texte, une façon de colorer... Pauvre Mady Mesplé, je ne l'avais pas reconnue et pourtant elle était si belle dans sa fourrure blanche, je l'ai quasiment envoyée bouler à la fin de ce concert, j'étais pressé de rejoindre les copains. Rétrospectivement, la honte de ma vie...

 

F Fleuve (le film)

Une très jolie expérience que la musique des Caprices d'un Fleuve de Bernard Giraudeau, et une belle rencontre avec le compositeur René-Marc Bini. Je rêve de retravailler avec lui.

 

G Gluck

Orphée bien sûr, que j'ai chanté une fois dans le Pacifique, mais surtout le disque Gluck de Cecilia Bartoli : quelle merveille, quelle artiste. C'est simple, quand j'ai un élève qui butte sur un récitatif, je lui fais écouter un des récits de ce disque. Ça vaut tant de leçons !

 

H Haendel

C'est mon pain quotidien ! et c'est du pain "di qualità" !

 

I internationale (carrière)

Beaucoup en Espagne, ou j'enseigne deux à trois fois par an, en plus des concerts, beaucoup en Hollande, entre autres avec l'ensemble "La Primavera" et puis l'Allemagne, l'Italie, la Belgique... que dire sinon que voyager c'est épuisant et merveilleux ? Ah, et puis Londres (enfin, ils sont si protectionnistes avec les contre-ténors !) avec Salomé Haller et les Folies Françoises.

 

J Japon

Un Orfeo de Monteverdi où j'ai chanté Speranza... dans une meeeerveilleuse robe à col claudine en satin doré !! Le Japon, c'est heureusement autre chose. Je suppose que je serais moins dépaysé dans une tribu primitive dans la forêt amazonienne. Et ils ont un art des jardins stupéfiant.

 

L Lycée (d'Orthez)

Ma première année d'enseignement de bio : c'était déjà du théâtre, être devant une classe. Quel beau et dur métier ! Comme chanteur, tiens !

 

M Monteverdi

Quand on n’entre pas dans le débat "prima la musica o prima le parole" comme moi en affirmant unilatéralement : "prima le parole", et qu'on fait de la musique à cause du choc théâtral de miss Callas, la rencontre avec Monteverdi est évidente... et Ottone dans le Couronnement de Poppée un des rôles les plus intéressants du répertoire.

 

N Nothomb

Voilà, c'est une passion plus "privée". Qu'oserais-je écrire sur un espace si public ? Que c'est un être fabuleux, une intelligence écrasante, une générosité sans bornes (elle donne tant d'elle-même, c'est la Callas de la littérature). Qu'enfin j'ai rarement ressenti en lisant une oeuvre une telle connivence avec son auteur. Ce qui vous fait penser : je voudrais être elle ! je le suis peut-être déjà !! En tout cas, je voudrais avoir sa force, sa hauteur d'âme. Amélie, je vous aiiiiiiiiiiiiiiime ! Et ceux qui voient ces lignes, lisez, relisez, rerelisez Hygiène de l'Assassin . C'est inouï.

 

O Opérette

Maître Flor a peut-être été mon plus beau rôle avant l’Orlando de Porpora, ce n'est pas l'alto dans la Saint Matthieu, bien sûr, mais quel cadeau musical et théâtral que m'ont fait le compositeur Oscar Strasnoy et le metteur en scène Christian Gangneron avec cette création de la dernière pièce de Witold Gombrowicz. Un rôle idéal : du beau chant, du texte, et un personnage qui évolue beaucoup, bringuebalé par le flot de l'Histoire...

 

P Petibon

Que de femmes, et pas des moindres, dans ma vie ! Patricia, c'est une histoire qui a commencé à l'entrée au CNSM chez Rachel Yakar, et qui ne s'est jamais arrêtée. C'est ma "duettiste" préférée, c'est surtout une artiste intègre, polémique (une artiste, quoi !), d'un professionnalisme profond, et en même temps pas du tout conventionnelle. Elle est capable de folies pures, et comme Amélie ou Maria, elle est d'une générosité absolue avec son public. Et ça, les gens, ils le savent bien, et l'en remercieront toujours. On n'est pas là pour se protéger, mais pour se mettre en danger. Et quelle voix !

 

R Répertoire contemporain

C'est infini, c'est chaque fois un monde à découvrir, c'est une grande part de notre vrai répertoire, ça va de la détestation à l'extase. En tout cas, je suis heureux de constater que les jeunes compositeurs comprennent qu'on ne peut pratiquer un art sans public. L'art existe au moment où il transite par les sens d'un auditeur ou d'un spectateur. Sinon, c'est du papier, ou des décibels.

 

S Sade

Teresa, de Marius Constant et Pierre Bourgeade, la rencontre du Marquis de Sade et de Sainte Thérèse d'Avila. Ça, c'est une histoire ! Moi, je jouais un cheval philosophe.

 

T travail (méthode de)

J'en manque. Mais je dirais d'abord le texte (traduire bien sûr, déclamer la phrase), faire des allers-retours entre le microdétail et la globalité d'une oeuvre, laisser parler l'instinct franchement, et à d'autres moments réfléchir beaucoup ; et puis enseigner, car quand on doit transmettre, on se pose les vraies questions sur l'exercice de notre art, et on est obligé d'esquisser des réponses...

 

V Vivaldi

La jouissance, un des plus grands, peut-être le plus grand avec Bach ?

 

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